Le dilemme du gouvernement péruvien
Une grève paralyse complètement la zone de Cajamarca, au nord du Pérou, dont les habitants protestent contre le projet minier Conga.
Ce projet de création d'une nouvelle mine d'or prévoit d'assécher quatre lagunes et de transférer l'eau vers un réservoir qui alimenterait les villages. Problème : la population ne fait pas du tout confiance à l'entreprise chargée du projet, et a du mal à croire que l'accession des villages à l'eau potable sera la priorité, une fois le projet entamé. Les principales activités économiques de cette région étant l'agriculture et l'élevage, les habitants ne veulent pas prendre le risque de perdre une eau déjà rare et précieuse dans leur quotidien.
Beaucoup pensaient que le président Humala allait annulé ce projet, initié par le gouvernement précédent, ce dernier a pourtant créé la surprise il y a deux semaines en affirmant que le nouveau gouvernement "respecterait les contrats qui ont été signés par l'État, qu'ils plaisent ou non". Devant les réactions plutôt violentes qui ont suivi cette affirmation, le président s'est enfin exprimé, ce jeudi 17, sur cette affaire.
Il a, lors de cette intervention, exposé son dilemme par cette phrase : « digo ‘agua y oro’, y no ‘agua u oro’ ». Ce conflit se présente en effet selon certains comme « l'épreuve du feu » du président, qui cherche depuis son élection à ne pas effrayer les investisseurs étrangers, sans pour autant décevoir ses électeurs, qui voyaient en lui un grand réformateur de gauche.
Le représentant du gouvernement a donc rappelé l'importance, dans l'économie péruvienne, de l'industrie minière, qui a rapporté 15 milliards de dollars en 2010, soit environ 7% du PIB du pays. C'est cette industrie qui, selon lui, portera le développement du Pérou, qui pourrait bien devenir une puissance minière importante. Et le projet Conga, avec son investissement de 4,8 milliards de dollars sur dix-neuf ans représente le plus fort investissement de l'histoire du Pérou. Difficile d'y toucher donc.
Le président a cependant rappelé qu'il n'en oubliait pas pour autant ses promesses de campagne, et que des efforts avaient été fait vers une meilleure répartition des profits issues de l'exploitation minière, par exemple avec l'augmentation de 5% des taxes sur les produits miniers, qui devrait dégager un milliard de dollars pour des politiques sociales (cf latinioo http://www.latinioo.com/drupal/latinioo-p%C3%A9rou/une-augmentation-des-...).
Humala se trouve donc en équilibre entre le peuple qui l'a élu et les secteurs financiers conservateurs avec qui il négocie depuis son arrivée au pouvoir.
Pour calmer les esprit le président a enfin affirmé que son gouvernement faisait au mieux pour accélérer la mise en place de la « ley de consulta previa » (cf latinioo http://www.latinioo.com/drupal/latinioo-p%C3%A9rou/une-nouvelle-%C3%A9ta...), qui obligerait tout entreprise à « consulter » les populations avant toute opération économique qui pourrait avoir des conséquences sur eux.
Il paraît que dans une dictature on vous dirait « ferme-là », alors que dans une démocracie on vous dit « cause toujours ! »...
Source : infoltam, 17/11/2011 http://www.infolatam.com/2011/11/17/peru-humala-pide-equilibrio-entre-mi...